Cotonou, le | ---
mercredi 10 mars
Interview du DR Alfred Acakpo à propos de l’obésité chez les adolescents : Les parents doivent éviter d’interdire tel ou tel aliment aux enfants (car l’intelligence est à 50% d’origine alimentaire…)
S’il est un problème qui ronge les familles aisées , offrant une surabondance alimentaire à leurs enfants, c’est celui de l’obésité chez les adolescents. L’obésité a de graves conséquences sur la santé, que le sujet soit adulte ou adolescent. Les difficultés d’assimilation, l’hypertension artérielle ou plus tard la stérilité sont les risques qui guettent les obèses.

Dr Alfred Acakpo du Centre de Recherches en Santé Nutrition (CRESAN), tire la sonnette d’alarme et prodigue quelques conseils utiles aux parents. Il met en garde contre toute initiative d’auto restriction alimentaire chez les enfants obèses, car 50% de l’intelligence est d’origine alimentaire.

L’obésité chez les adolescents et adolescentes. Le mal est-il aussi béninois ?

- L’obésité existe aussi chez les adolescents béninois. 16% d’entre eux sont obèses et souffrent du surpoids contre également 16% d’adultes de 25 à 45 ans. Et 6 à 7 sur 10 adolescents sont hypertendus.

Quel pourcentage des adolescents obèses représentent-ils des patients que vous recevez ?

- Nous recevons pas mal de ces cas. Le problème est que les enfants ne peuvent pas prendre l’initiative de venir de leur propre gré. Les parents prennent leur état comme une manifestation de leur aisance, c’est-à-dire leur condition de vie aisée. C’est quand l’enfant commence par être victime des moqueries de ses camarades de classe à l’école ou de leurs amis de quartier que cela attire leur attention. Des parents aisés veulent voir leurs enfants costauds et les soumet à une surconsommation d’aliments qu’ils croient capables de leur donner plus de poids. Ce qui entraine des conséquences néfastes sur la santé des enfants.

Qu’est-ce qui cause l’obésité chez les adolescents ?

- Il y a les mauvaises habitudes alimentaires, les maladies du rein, du cerveau, de la thyroïde. Il y a aussi l’obésité par atavisme comme je l’expliquais plus haut. Mais 9 cas sur 10 sont dus aux mauvaises habitudes alimentaires. Les causes peuvent être aussi génétiques, c’est-à-dire que l’enfant hérite l’obésité de ses parents.

Quelles en sont les conséquences sur la santé des enfants ?

- Parlant de conséquences, on peut citer les difficultés d’assimilation, l’hypertension artérielle, l’arthrose (la destruction des surfaces d’articulation), la stérilité à l’âge adulte…

Pour les adultes, on recommande souvent un régime alimentaire. Le fait-on pour les enfants aussi ?

- Aussi bien pour les adultes que pour les enfants, on recommande toujours un régime alimentaire. Mais pas n’importe lequel. C’est pourquoi, il faut toujours consulter un médecin spécialiste. Autrement, le mal pourrait s’aggraver.

Quels sont les aliments à éviter ?

- Aucun. Il n’y a pas d’aliment à éviter car tous les aliments sont utiles pour l’organisme. C’est quand cela n’est pas consommé dans les normes que le problème se pose.

Comment agir sur l’inconscience des enfants qui ont tendance à goûter à tout ?

- C’est une erreur que les parents veuillent interdire tel ou tel aliment à leurs enfants alors qu’ils ne sont pas habiletés à leur faire. Si l’enfant consomme beaucoup parce qu’il est hyperactif, il n’y a pas lieu de s’alarmer. Cela contribue à son capital mental. Ce qu’il ne faut pas handicaper.

Peut-on prévenir l’obésité chez les adolescents ?

- C’est possible quand on consulte le médecin spécialiste en nutrition à temps. Il n’y a que lui pour dire ce qu’il faut consommer et ce qu’il ne faut pas consommer.

Arrivez-vous à traiter les cas que vous recevez avec succès ?

- Quand les parents suivent rigoureusement les consignes qu’on leur donne, il n’y a pas de raison qu’ils n’aient pas satisfaction. Le cas des enfants est plus délicat que celui des adultes car le régime à prescrire doit suivre leur croissance. Mais les parents sont impatients au point de vouloir bafouer nos indications. Ce qui retarde le résultat attendu.

Dans les pays développés, il existe des centres d’encadrement des enfants obèses. Pourrait-on penser à la chose au Bénin ?

- On y pense déjà. Seulement, les Béninois préférant toujours la quantité à la qualité ; ne vont pas comprendre de sitôt leur utilité. La prévention est plus importante que le curatif. Il reviendra aux parents de choisir à mettre leurs enfants à l’abri de l’obésité ou attendre le pire avant de commencer à courir.

Vos conseils aux mères de foyer sur ce plan ?

- Je vais leur demander de ne pas vouloir prendre des initiatives nutritionnelles quand elles constatent une anomalie de poids chez leurs enfants. Il faut comprendre que l’intelligence est à 50% nutritionnelle et 50% génétique. Cela dépend donc d’elles de rendre leurs enfants intelligents ou non. Tout est dans l’alimentation.


ONG Dignité Féminine

La Presse au Bénin