Cotonou, le | ---
mardi 09 février
Dissolution de l’équipe nationale A de football au Bénin : Est-ce vraiment la solution à la crise ?
Après la Can Angola 2010, la Fédération béninoise de football vient de dissoudre ce jeudi 05 février 2010, l’équipe A des Ecureuils qui a pourtant participé de façon plus ou moins satisfaisante à cette 27ème édition de la plus haute compétition africaine de football.

Les raisons avancées, selon les informations en provenance de la fédération et du ministère en charge des sports, sont l’indiscipline et le manque de patriotisme des joueurs de la formation nationale. Pourtant , si tant est qu’il y a indiscipline et autres défauts chez certains de nos Ecureuils A, ne faudrait-il pas mieux trouver une autre solution que de prendre une telle décision diversement appréciée par les sportifs nationaux ?

Le jeudi 05 février 2010, la décision de dissolution des Ecureuils A, comme une bombe, est tombée sur tout le peuple béninois. Cependant, à y voir de plus près, certains diront que cette décision de la fédération est peut-être salutaire pour le football béninois.

D’abord, l’indiscipline dont certains joueurs faisaient montre et dont la fin est intervenue avec l’introduction de la ligue professionnelle. Ensuite, depuis l’implication des Béninois de l’étranger dans l’équipe nationale, aucune participation n’a été sans polémique. Ces polémiques sont souvent liées au traitement que donne le Bénin à ces joueurs. Primes de participation, de port de maillot et autres.

Pourtant, il semble que ces primes soient toujours en dessous des espérances de ces joueurs expatriés qui gagnent des millions de francs par mois dans leur club et dont les exigences de plus en plus grandes ont été la pomme de discorde entre les membres de la fédération et ces joueurs béninois expatriés au regard des maigres moyens du Bénin. C’est pourquoi, en cautionnant cette décision ,certains Béninois estiment qu’en mettant le tout à plat, la fédération pourra enfin mettre de l’ordre dans cette histoire de la participation du Bénin à la Can où des milliards sont engloutis chaque deux ans. Pis, en analysant les résultats de ces participations, il apparaît un arrière goût amer d’insatisfaction de tout le peuple béninois qui donnerait la note : peut mieux faire, surtout à la formation nationale de 2010 ayant participé à la Can d’Angola .

Pour d’autres, la fédération n’a pas besoin de dissoudre l’équipe nationale A de football pour les raisons avancées. En effet, s’il y a indiscipline, c’est d’abord la faute des responsables de la fédération, du ministère en charge des sports et au premier chef du sélectionneur national qui n’a pas pris les taureaux par les cornes en ce qui concerne la discipline dans le groupe. Mais aujourd’hui, si n’importe quel joueur, fut-il Béninois, avec ses caprices, ses entêtements et autres vices ; peut participer à notre équipe nationale parce qu’il est bon joueur, quelles sont les règles qui ont été fixées pour cette participation ?

Aujourd’hui en justifiant cette décision, le Ministre en charge des sports parle de cahier de charge en terme de participation des joueurs à l’équipe nationale. Mais depuis les polémiques liées aux primes des campagnes africaines précédentes, les responsables auraient dû penser à l’élaboration de ce code de conduite pour les joueurs en vue de leur maîtrise. Car, tout technicien sait qu’aucun résultat ne peut s’obtenir dans l’indiscipline.

Pour le manque de patriotisme, il faut dire que les joueurs expatriés pensent avant tout à leur carrière car, après la Can, ils doivent pouvoir retourner valides dans leur club respectif et continuer de pratiquer le football. Pourquoi se donneraient-ils à mort dans des rencontres au bout desquelles ils ne gagnent que des broutilles. ?

Aujourd’hui, les jeunes pratiquent le sport pour de l’argent Dans les années antérieures, le fait d’être joueur de l’équipe nationale est une fierté pour soi et non pour les autres. C’est ainsi que le jeune Béninois ne jouait pas pour de l’argent, mais pour son plaisir et pour lui-même. Ainsi, il était moralement satisfait de participer à l’équipe nationale de son pays, d’entendre son nom sur les radios, de se voir à la télé et d’être reconnu dans la rue en tant que personne ayant défendu le drapeau national.

La situation des jeunes est moins reluisante aujourd’hui et dans tout ce qu’ils font, ils recherchent un profit et surtout pécuniaire. Le football national n’a pas échappé à cet état de chose surtout lorsqu’il draine des milliers de francs et fait l’objet de divers chantages. Certains joueurs pensent à ce qu’ils gagnent en club et ce que leur participation à l’équipe nationale leur apporte. Avec un Bénin frappé par la crise économique nationale et mondiale, il serait bon que les joueurs expatriés, en acceptant de défendre leur pays, le fassent de bon cœur, avec toute la volonté d’un patriote qui défend les couleurs nationales.

On a l’impression que certains joueurs ne le font pas. Ce qui a pour conséquence un arrière goût d’insatisfaction pour les trois participations du Bénin à la Can. En effet, si un joueur béninois, dans sa participation, contracte une blessure grave, hypothéquant sa carrière de footballeur, quelle serait la réaction de la fédération et du ministère en charge des sports ?

La décision de dissolution du onze national après cette analyse pouvait prendre une autre voie que celle de renvoyer et joueurs et encadreurs. Car, il suffirait de garder le bon grain, mettre en œuvre le code de conduite préconisé pour les joueurs, assorti d’un cahier de charges pour que ceux qui ne peuvent pas les remplir restent en dehors du onze national. On espère que la fédération trouvera très rapidement une porte de sortie pour permettre aux sportifs de notre pays de vivre les émotions des grandes rencontres africaines.

Antoine ATTIKPA


ONG Dignité Féminine

La Presse au Bénin