Cotonou, le | ---
lundi 07 décembre
Entretien avec Madame Véronique Sagbo née Gbèdo : « La promotion de la femme se fait par elle-même d’abord », dixit l’actuel Chef Service Epargne à la Direction Générale du Trésor
l’actuel Chef Service Epargne à la Direction Générale du Trésor Rubrique ‘’Femme du mois’’ de votre journal reçoit une dame, une combattante des temps modernes. Exceptionnelle pour son dévouement, car très tôt identifiée pour occuper des postes de grande responsabilité.

Elle, à l’état civil a nom Véronique Gbèdo épouse Sagbo. Née à Parakou d’une mère de la localité et d’un père de Ouidah, l’administratrice du trésor option banque et institutions financières est la première femme à accéder à la tête de la Société de Gestion des Marchés autonomes (Sogema), une structure à laquelle elle a su insuffler pendant 5 ans, une nouvelle marque de dynamisme.

Actuellement Chef Service Epargne à la Direction Générale du Trésor, l’ex-directrice adjointe de Cabinet du ministère de la Fonction publique, approchée, parle de toutes ses expériences, de la promotion de la femme, des violences faites sur elles et de l’actualité politique nationale.

Que pensez-vous de la promotion de la femme, partant de votre expérience ?

Véronique Gbèdo : Mon premier poste fort de responsabilité a été Directrice générale de la Sogema où j’avais 247 agents de recouvrement sous mes ordres et où j’avais tout le monde, toutes les commerçantes, commerçants des marchés de Dantokpa, de Gbogbanou et de Ganhi à gérer. En mon temps, nous avions dénombré plus de 18 mille hangars occupés et connus officiellement, donc plus de 18 mille commerçants. Vous imaginez ce que c’est que gérer tout ce monde-là.

Je l’ai fait pendant 5 ans, d’avril 2000 à avril 2005. Ensuite, je suis allée au ministère de la Fonction publique comme Directrice adjointe de Cabinet du ministre du travail d’alors, M. Arouna Boubacar. Et là, j’avais pensé fuir un peu le monde mais je m’étais encore retrouvée dans un monde chaud. D’abord le personnel que j’avais sous moi était d’à peu près 550 agents et l’autre monde, l’autre personnel si je peux l’appeler ainsi, si j’ose l’appeler ainsi, c’est le monde des syndicats.

Vous les connaissez. Toutes les centrales syndicales étaient sous notre responsabilité. On devait aller à des négociations avec elles, toutes les grèves, toutes les marches de protestations, il fallait aller au devant pour recueillir les motions de grèves. Vous imaginez ce que ça peut faire. Pour quelqu’un comme moi qui fort heureusement a déjà géré un coin comme Dantokpa, cela a été relativement facile, mais j’avoue que la 1ère fois, j’avais la tête lourde, j’étais choquée de voir un monde fou.

A la limite je pensais qu’il m’agressait, mais j’ai su gérer un certain nombre de fois. Seulement bien avant quand j’ai commencé par travailler au trésor comme je suis de trésor, de formation, administrateur du trésor option banques et institutions financières, très tôt j’ai été identifiée par mon patron pour occuper des postes de responsabilité de grande valeur où la notoriété est chose recherchée, où le secret professionnel, la qualité, la meilleure qualité d’un être humain était recherchée.

Très tôt, j’ai occupé ces postes et d’ailleurs le poste que j’occupe actuellement, n’est pas occupé par qui veut, car il y a une question de moralité qu’on recherche. C’est pour dire, somme toute, que la promotion de la femme se fait par elle-même d’abord. Il faut oublier parfois qu’on est femme et ne se vendre que par son bulot, son travail bien fait. Lorsque vous êtes à quelque niveau de responsabilité, il faut que ce ne soit que votre travail qui vous préoccupe.

Lorsque vous connaissez votre travail et que vous le faites bien, on vous respecte forcément. Pourquoi veut-on particulariser la femme ? Pourquoi veut-on veut particulariser la promotion de la femme ? Quand nous sommes à l’école, il n’y a jamais eu de matières pour les femmes à part. Nous avons eu les mêmes matières que les hommes, nous avons passé les mêmes examens avec eux.

Pourquoi particulariser alors la femme ? Je vous ai dit tantôt que la promotion de la femme devrait être systématique. La femme devrait occuper au même titre que les hommes, les mêmes postes de responsabilité et à compétence égale, responsabilité égale. Pour moi, c’était une évidence. Mais il y a des pesanteurs sociologiques qui s’ajoutent et qui modifient un peu les données.

Lutte contre les violences faites aux femmes. Prononcez-vous sur l’authenticité d’un tel projet de loi aujourd’hui dans les mains des députés.

Les violences faites aux femmes ne sont pas seulement l’apanage des Béninois. Je pense que c’est un phénomène mondial. Il faut reconnaître que physiologiquement, la femme est un être sensible, un être relativement moins fort que l’homme et forcément, lors qu’un homme et une femme ont des démêlés, ça peut aller vite, l’homme a tendance à porter la main ou à violenter la femme. Peut-être malgré lui. Je me suis souvent posé des questions ? je n’ai pas compris pourquoi. Mais ce que je sais, lorsqu’un couple en arrive aux mains une fois, c’est fini, c’est parti. On ne sait plus s’arrêter.

Est-ce qu’il ne faut pas que nous les femmes aussi, nous réfléchissions un peu plus à la question. Est-ce que nous même n’allons pas voir comment nous allons faire pour ne pas en arriver-là au cours de nos discussions ? Est-ce que nous n’allons pas voir comment faire pour que lorsque nous sentons la chose venir, nous sachions nous arrêter où sachions dévier ? Ceci dit, les violences faites aux femmes sont une chose très dangereuse.

Mettez-vous à la place d’un enfant qui est resté à côté des parents qui ont passé leur temps à ne faire que se battre. Un enfant qui vient de l’école pour se reposer ou s’amuser voit son père en train de martyriser sa mère. Vous imaginez un peu ce que cela fait pour le moral de cet enfant ? Il y a deux réactions que cet enfant peut avoir. La 1ère réaction est que cet enfant n’accepte pas la chose du tout et dans sa tête devient trop violent et fermé. A l’avenir il deviendra plus violent que son père, que ses parents.

La 2ème facette, c’est que l’enfant emmagasine tout et à un autre caractère demain. C’est pourquoi on voit plus tard des personnes ou personnalités qui ont des formes de caractères qu’on n’arrive pas à expliquer. Elles ont beau être des femmes ou des hommes. Mais surtout, c’est le cas de certaines femmes qui choquent. Elles ont de très forte personnalité. Est-ce que vous avez vérifié leur enfance ? Souvent c’est parti de là aussi. C’est pour dire que la loi sur les violences faites aux femmes est une loi très importante.

Tous autant que nous sommes, si nous l’avions pas vécu personnellement dans nos maisons, nous l’avons vu à nos côtés, pas loin de nous, très proche de nous avec des parents, des amis, auprès des amis et nous savons que c’est un fléau qu’il faut que nous bannissions de nos habitudes, de nos mœurs. Il faut que cette loi soit votée pour le bien-être des populations. Parce que n’oublions pas que la population de demain, ce sont les enfants d’aujourd’hui. Et si nous avons des enfants qui ont des caractères déjà forgés d’une manière ou d’une autre, le peuple béninois de demain ne va pas forcément être un peuple émancipé, développé.

Actualité politique au Bénin. Votre opinion sur la Lépi, la réconciliation Soglo-Houngbédji…

L’affaire Lépi :

La Lépi est un dossier qui fait couler aujourd’hui beaucoup d’encre et de salive. Elle l’eut été avant l’avènement du gouvernement de Boni Yayi. Et maintenant, n’oublions pas que la Lépi a été votée par les députés à l’Assemblée nationale. Du coup, cela voudra dire que les populations ont accepté la Lépi.

Ces mêmes populations disent un oui mais. Le oui mais veut dire qu’il y a un hic. Il y a quelque chose qui ne va pas. Et dans ce cas, il s’agit pour les hommes politiques du pays, représentants du peuple, de s’asseoir pour dialoguer et pour se regarder en face et se dire très sincèrement ce qui ne va pas ou ce que les uns et les autres voient pointer à l’horizon.

La réconciliation Soglo-Houngbédji :

Je mets de côté les deux hommes politiques et je prends le mot réconciliation. Deux personnes ont des démêlés et il y a une personne qui délibérément du fond de son cœur, l’œil de Caïn l’oblige, a eu un remord et s’est repenti. La Bible nous a enseigné le pardon. La Bible nous a dit que lorsque du fond de votre cœur vous savez que vous avez commis un péché, « demandez pardon, je vous pardonnerai ».

Nous êtres humains, nous sommes l’émanation de Dieu. Pourquoi ne pardonnerions-nous pas nos prochains quand ils nous ont présenté leur pardon en plus à la face du monde ? A priori, la réconciliation Soglo-Houngbédji pour moi est un pardon certainement du fond de cœur, parce que surtout elle est faite à la face du monde. Ce n’est pas facile !

L’être humain de nature est orgueilleux. Et s’il a accepté d’aller au devant de la scène présenter un pardon, moi je pense que le pardon doit être d’abord accepté. Maintenant, pour aller au-delà de ce pardon, c’est-à-dire pour ceux qui connaissent l’histoire politique de ces deux hommes, je pense que chacun en ce qui le concerne pourra apprécier cette question de réconciliation à sa manière. Nous n’avons peut-être pas les mêmes informations. Est-ce que nous savons vraiment tout ce qui s’est passé ? C’est à eux d’apprécier cette réconciliation-là. Mais pour moi, je le vois, cette réconciliation, tout bêtement sous l’angle du pardon, de la demande d’un pardon d’une personne qui a mal fait à son prochain et qui a voulu se repentir.

A la tête des structures ou dans votre vie personnelle, quels sont vos bons et mauvais souvenirs

- Comme mauvais souvenir dans ma vie, il m’est arrivé une fois de surprendre une conversation qui s’adressait à un parent à moi et puis à la sortie, je l’ai appelé et je lui ai fait part de ce que je venais d’entendre. Je pensais que cela allait lui servir, c’est un adulte, 15 ans au moins de plus que moi. J’ai pensé un instant qu’il allait savoir se prendre, mais cela a mal tourné. Il est reparti voir la personne en question et ça a été vous imaginez... J’ai eu très mal, je n’ai jamais oublié de ma vie, parce que je n’ai jamais été ‘’kpakpato’’. Pour une fois que j’ai pensé sauver quelqu’un, voilà ce qui arrive ceci. Ce que je dis date d’une quinzaine d’année. Depuis lors, je n’ai plus jamais reposé un tel acte.

Le meilleur souvenir que j’ai eu, c’est le jour où j’ai pu honorer mes parents. Je sais que de ma vie j’ai été l’honneur de mes parents. Je pense que c’est un très bon souvenir pour moi que je ne pourrai jamais oublier et eux non plus.

Qu’est-ce que vous aimez, qu’est-ce que vous n’aimez pas ?

J’aime le sport, faire du jogging, j’aime faire de la natation, du tennis. Je ne vais pas à une compétition, mais je me débrouille. La nouvelle trouvaille aujourd’hui pour moi est la marche, la musique… Ce que je n’aime pas, c’est la trahison. Et lorsqu’on me trahit, on me méconnaît. Quand on me trahit et qu’on ne réussit pas à m’atteindre, là on va me trouver et on me trouve autrement.

Vous avez certainement une préoccupation sur laquelle vous aimeriez revenir pour conclure cet entretien

Je remercie le journal Dignité Féminine qui est mon journal que je lis de temps en temps. C’est un journal que j’aime bien, qui a tenu le coup pendant des années et qui, contre vents et marrées, parait toujours. Je souhaite qu’il continue tout le temps et que ses prestations s’améliorent tous les jours que Dieu fait. Je félicite les dirigeants, tous ceux qui animent ce journal.

Je voudrais pour finir appeler le peuple béninois au calme, son calme habituel face à tout ce qui se passe ces derniers temps dans notre pays ; que tout le monde se calme et que le dialogue prime. Parce que la société nous a enseigné que dans le bruit nous ne pouvons rien, dans les murmures, nous ne pouvons rien. Ce n’est que lorsque nous nous sommes regardé en face, ce n’est que lorsque nous avons calmé nos énergies, nos élans, nos nerfs que nous arrivons à sortir quelque chose de potable. Et le peuple béninois sait le faire. Alors ne l’oublions jamais, cultivons encore cela un peu plus, parce que nous en avons besoin, tout le peuple en a besoin.

Parcours de Véronique Gbèdo

Diplômes obtenus

- Master Administration des Affaires option marketing et communication (Université Catholique de Lille 3) ;

- Diplôme d’Etudes Supérieures Bancaires et Financières (Centre Ouest Africain d’Etudes Bancaires-Bceao-Dakar) ;

- Maîtrise es Sciences Juridiques option Droit des Affaires (Université Nationale du Bénin-Abomey-Calavi) ;

Expériences professionnelles

- Représentante du Directeur Général Trésor à la Bceao-Cotonou de 1984 à 1992, (Bureau Central des Comptes Etats à la Direction Générale du Trésor et de la Comptabilité publique),

- Chef Division Comptabilité à la Recette Perception de Lokossa

- Chef Division quittancer à la Recette Perception de Jéricho Cotonou

- Chef Division Pension à la Recette Perception de Cotonou 2

- Chef Service Adjoint de la Trésorerie à la Direction Générale du Trésor et de la Comptabilité Publique (Dgtcp)

- Directrice Générale de la Société de Gestion des Marchés Autonomes (Sogema : Dantokpa,-Ganhi-Gbogbanou) d’avril 2000 à avril 2005

- Directrice Adjointe de Cabinet du Ministre de la Fonction Publique et de la Réforme Administrative (Mfptra) : mai 2005 à octobre 2006 :

.Représentante du Ministre du Travail à la Haute Autorité de la Communauté Electrique du Bénin (Ceb).

.Directrice Nationale du Projet d’appui à la Réforme Administrative et à la bonne gouvernance au Bénin (Coopération Bénin-Programme des Nations-Unies).

- Chef Bureau de la réglementation et de l’organisation comptable à la direction Générale du Trésor public

- Chef Service Epargne à la Direction Générale du Trésor

Edouard Karimou


ONG Dignité Féminine

La Presse au Bénin